22/05/2018 / Lazeni COULIBALY

Cet article date de 2015. Mais les chiffres et les réalités mis en avant sont toujours d’actualité. Je vous invite à le lire.

En 2014, la Côte d’Ivoire, aux terres si fertiles, a importé 900.000 tonnes de riz, malgré des récoltes record de 1,34 million de tonnes.

« On n’a jamais produit autant », se félicite Yacouba Dembelé, le directeur général de l’Office national de développement de la riziculture (ONDR), qui appelle toutefois à davantage d’investissements dans « la maîtrise de l’eau ». « 85% du riz ivoirien dépend encore des pluies », déplore-t-il, ce qui grève les rendements.

« Made in Côte d’Ivoire »

Située à une petite heure d’Abidjan, Agboville relève de la carte postale rizicole « made in Côte d’Ivoire ». Un barrage construit il y a des décennies permet une irrigation constante. Des agriculteurs, disséminés dans les rizières, s’affairent, dans le brouhaha des croassements de milliers de grenouilles.

En 2014, la Côte d’Ivoire a importé pour 250 milliards de francs CFA (381 millions d’euros) de riz, soit un quart de ses achats de produits alimentaires de base (1.000 milliards FCFA – 1,5 milliard d’euros, l’équivalent de 20% du budget national en 2015), déplore un cadre du ministère de l’Agriculture.

« Appât du gain »

Le pays est pourtant connu pour ses sols fertiles et fait figure de géant vert régional: premier producteur mondial de cacao (35% des récoltes totales) – l’or brun représentant plus de 50% des recettes d’exportation ivoiriennes – la Côte d’Ivoire est également le deuxième producteur mondial de noix de cajou et un des leaders dans l’huile de palme. Le pays produit également du caoutchouc.

« Les planteurs se sont laissés appâter par le gain, abandonnant les cultures vivrières au profit des cultures pérennes », déplore Jean-Baptiste Koffi, président de l’Union fédérale des consommateurs de Côte d’Ivoire.

« Ils se sont lancés dans des spéculations comme le cacao, plus récemment l’hévéa, alors que la population meurt de faim, avec seulement un repas par jour », poursuit-il. Ce qui a engendré une augmentation des prix et la grogne des Ivoiriens.

En 2008, des émeutes de la faim avaient secoué le pays, en raison d’une flambée des prix des biens de consommation, dont le riz, le lait, la viande et le poisson, alors importés à plus de 50%.

Quelques années plus tard, nombre d’Ivoiriens dénoncent encore la cherté de la vie dans un pays connaissant une très forte croissance, de l’ordre de 9% l’an depuis 2012.

La situation est d’autant plus préoccupante que la population à nourrir croît fortement, avec 5,4 enfants par famille, selon les résultats du dernier recensement communiqués jeudi. La Côte d’Ivoire compte désormais 23 millions d’habitants.

Les Ivoiriens vivent aussi davantage en ville. Alors qu’il y a 30 ans, le pays comptait « quatre ruraux pour un urbain », ce ratio diminue fortement, ce qui met davantage la pression sur les cultivateurs, note Soumaïla Bredoumy, en charge de la sécurité alimentaire au ministère de l’Agriculture.

Source Jeune Afrique